Il est dit dans les
arcanes des Précurseurs qu'un homme solitaire, sans histoire
et sans passé, voguant sur les flots aiguisés du
temps et de l'espace libérera le monde de ses infestations.
Celui-ci apparu en une journée durant laquelle aucune
manifestation ne supposait l'avènement d'une nouvelle
ère. Avec l'aide des habitants d'Abriville, il mit fin au
règne éphémère d'une lèpre
nommée Metal Heads. Mais les êtres peuplant ces terres
nouvellement libérées oublièrent vite ses
faits héroïques. Mis sur le devant de la scène
par ces derniers, il fut donc la cible principale des moindres
dysfonctionnements, finissant exilé dans un désert
aride. Serait-ce le point final de la prophétie ? Voici son
histoire.

Décidément, les citoyens
d'Abriville n'ont pas la reconnaissance facile. Après une
bataille apocalyptique contre le chef et générateur
des Metal Heads, notre ami au bouc taillé en pointe est
parvenu à éradiquer cette menace, s'étendant
insidieusement sur un monde en déclin.
Considéré comme un héros, et accessoirement
sauveur de la légende, Jak pensait légitimement
posséder désormais le droit de vivre sa vie comme il
l'entendait, dans une paix retrouvée. Une utopie qui aurait
aisément pu trouver une incarnation si seulement la haine et
le profit égoïste ne s'étaient pas
incrustés dans une ville en reconstruction. Aujourd'hui, la
cité n'est qu'un immense champ de bataille, mêlant
guerre civile et poches de résistance Metal Heads toujours
plus tenaces. Devant cet état de délabrement
avancé, les citoyens désignèrent Jak comme
responsable, car portant en lui la mystérieuse éco
noire, symbole de bien des avidités. Considéré
comme différent et dangereux, il fut envoyé vers une
mort certaine dans les Terres Pelées, une vaste
étendue désertique et inhospitalière.
Aidé dans une faible mesure par Ashelin, le guerrier partit
vers sa destinée, accompagné du fameux Dexter et du
fourbe Pecker. La dernière chose que l'on sait à son
sujet est qu'il a été aperçu errant au sommet
de dunes de sable, titubant de fatigue... Mais ne vous
inquiétez pas, la fatalité ne désire pas
immédiatement de lui. Recueilli par Damas, le roi d'une
ville oubliée au creux de landes asséchées du
nom de Spargus, Jak va devoir faire ses preuves pour devenir un
sujet de cet oasis improvisé. Il pourra de ce fait
peut-être revenir à ses racines et comprendre la
situation d'Abriville. On change donc totalement
d'atmosphère dans ce troisième opus de la quête
personnelle du combattant à la beloutre ravagée,
plongeant dans des univers emplis de désespoir et soumis aux
stigmates d'un univers rude et agressif.
Oeuvrant durant une bonne partie de son
aventure dans une ambiance digne de Mad-Max, en toutefois moins
sanguinaire, Jak va devoir s'habituer à un fonctionnement
différent de celui d'Abriville, dans une
société éminemment médiévale,
fondée sur le mérite des armes et non pas des
personnes. Il s'ensuit un design général en
adéquation avec cette nouvelle vision, basant ses
principales caractéristiques sur une représentation
plus "dure" et plus "brute" que ce soit au niveau des objets, des
véhicules, ou bien encore des personnages. Les armures sont
souvent fabriquées à partir de morceaux de
métal hétéroclites, et les armes demeurent
assez rudimentaires, tenant plus de la hache et de
l'épée que du phaser. A ce propos, vous pourrez
désormais équiper Jak d'une cuirasse de
Précurseur, qui lui donnera une fois achevée un
charisme sincèrement fascinant. Echoués dans un
désert en constante évolution, les principaux
protagonistes appréhendent donc un monde au style graphique
très particulier, utilisant de nombreuses teintes claires ou
ocrées, avec un préférence pour les
dégradés orangés légèrement
vieillis, apportant de ce fait un cachet cohérent et
réellement personnel à l'ambiance. D'autre part, et
toujours dans la thématique d'espaces arides, l'utilisation
de ces derniers apporte un souffle, qui s'il n'est pas à
proprement parler innovant, suffit à remédier
à un problème assez dérangeant de Jak 2. En
effet, dans la première partie, et un peu moins par la
suite, les missions que vous aurez à effectuer ne seront pas
contenues dans de simples zones délimitées par des
murs infranchissables. L'immensité sablonneuse sera votre
terrain de chasse et de prospection, et vous ne serez plus, ou
rarement, limité par des barrières comme auparavant.
Une part d'exploration non négligeable, qui octroie un
côté aventure un tantinet plus
développé. Tel le valeureux rédempteur de tort
implacable, vous traverserez des plaines mêlées de
gravier et de sable sur de puissantes montures dotées de
plusieurs roues motrices, les cheveux au vent dans des
décors sublimes et agités d'une gestion des
particules de poussière exceptionnelle pour une PS2
vieillissante.
Mais vous ne vous vous rendrez compte du
travail titanesque accompli que lors des phases vous plaçant
au sein d'environnements "intérieurs". La salle du
trône de Spargus, constellée de rivières
artificielles et pénétrée d'une lumière
diffuse et colorée d'un rouge très doux, est une
véritable merveille. Toutefois, la beauté frappante
du soft de Naughty Dog s'étale de ses ailes immenses sur
chaque détail que vous apercevrez à l'écran.
Le level-design, bien que très proche du
précédent volet, est une petite merveille, vous
impliquant dans des dédales caverneux ou de sombres rues
émaillées d'une recherche évidente sur
l'utilisation de jeux lumineux terriblement crédibles, et
d'une volonté de cohérence indiscutable. Par exemple,
les différents temps que vous visiterez disposent d'un
climat mystique et séculaire palpable, soulignant cet aspect
par une allure spectaculaire, donnant à admirer des
panoramas vertigineux, et des salles conservant jalousement des
puits de lumière superbes. Dans le même ordre
d'idée, le chara-design propose des individus rapidement
attachants, qui ne s'oublient pas dès la première
épreuve venue. Chaque personnage rencontré marque
immédiatement l'esprit d'une manière plus ou moins
durable, mais demeure la plupart du temps intéressant
à observer. Finissons enfin sur les moyens de transport
présents, prenant soit la forme de véhicules
tout-terrain, soit celle de vaisseaux aériens. Les premiers
font preuve d'une représentation adaptée aux
conditions dans lesquelles ils évoluent, adoptant une forme
la plupart du temps très effilée et agressive, et les
seconds restent dans la veine de ceux inhérents à Jak
2, en toutefois un tantinet plus léchés. Tous
très réussis, ils contribuent grandement au plaisir
de jeu ressenti.
Ce dernier tient également au
gameplay détonnant, préalablement mis en place dans
les précédentes pérégrinations de Jak.
On retrouve donc avec plaisir les différentes
possibilités du héros aux oreilles
démesurées, donnant accès à un nombre
assez imposant d'actions diverses. Tout d'abord, ce dernier manie
à la perfection deux styles de combats bien distincts. L'un
classique en effectuant une toupie sur lui-même à la
Crash Bandicoot, et le second mettant à profit les
nombreuses armes remportées après certaines missions
effectuées pour le compte d'intervenants importants
scénaristiquement parlant. Au nombre de douze, celles-ci
comportent des attaques spécifiques, privilégiant
l'explosion à distance, la désintégration au
corps-à-corps, ou bien encore le tir de précision. Un
équilibre respecté pourrait-on se dire, mais il
apparaît trop précipitamment qu'au contraire le
système a été mal pensé. En effet,
certains outils de destruction massif permettent de se
débarrasser trop aisément d'ennemis de toute
façon trop peu combatifs, tandis que d'autres demandent plus
d'adresse, et se révèlent bien moins radicaux. On a
de fait tendance à privilégier les deux ou trois
ustensiles les plus probants en oubliant bien lestement le reste de
l'arsenal. Une erreur dommageable, qui handicape le
développement du gameplay. Heureusement, ce fait est un peu
amoindri par la présence de buggies sauvages et rugissants
adaptés au désert, que vous serez libre de conduire
après la réussite de quelques missions pour le compte
d'un mercenaire local à la stature imposante.
Chacun
d'entre eux détient des particularismes qui s'adapteront aux
type d'épreuves auxquels vous serez confronté. La
Puce des Sables autorise des sauts de plusieurs mètres
semblant retranscrire une gravité lunaire et demeure sans
aucun doute le modèle le plus "fun", tandis qu'un second
modèle, véritable char d'assaut rapide vous permettra
des expéditions punitives sans contre-attaques possibles. Un
apport digne d'intérêt qui donne une saveur intense
lors des raids dans ces territoires assoiffés. En revanche,
tout n'est pas rose au pays des 4X4, et l'huile a tendance a
tourner sous le soleil. Effectivement, vous pesterez quelque fois
contre une gestion des collisions assez hasardeuse, lors des
rencontres avec des opposants ou tout simplement avec des collines
rocailleuses. Mais cet écueil ne vous empêchera pas
pour autant de profiter pleinement de ces escapades
dépaysantes. Le reste du gameplay ne connaît quant
à lui pas beaucoup de modifications, et reprend dans les
grandes lignes celui de Jak 2. On retrouve donc toujours
l'utilisation du jet-board, les double-sauts qui vous sauveront la
mise à de nombreuses reprises, et surtout les
transformations avisées en Dark Jak. Pourtant, peu ne
signifie pas aucunes. En fait, la principale innovation
réside dans l'exploitation des pouvoirs de Jak qui subissent
un revirement certain. Car dorénavant, un côté
lumineux s'est adjoint à la face ténébreuse de
notre ami. Le titre de Naughty Dog intronise donc Light Jak,
amenant son lot de capacités spéciales
inédites. Impressionnantes et extrêmement attractives
sur le papier, elles n'acquièrent pas complètement
une utilité au sein des phases de jeu dites classiques.
Geler le temps, être capable de soigner ses blessures, ou
encore voler grâce à de somptueuses ailes
immaculées reste clairement agréable à
l'essai, mais ne trouve véritablement d'issue dans les
diverses situations présentes. Dommage. Au final, donc, on
retiendra de ce Jak 3 quelques innovations fameuses et une
disparition de certaines lacunes présentes dans l'opus
précédent, sans pour autant exécuter une
sublimation achevée. Supérieur tout de même sur
bien des points face à son aîné, en particulier
concernant le background et la psychologie des personnages, Jak 3
s'impose comme un épisode de clôture respectueux qui
vous fera vivre une aventure de choix.